Claude Pigeon, prêtre
01 Jul
01Jul

Quand la Croix se porte à deux

Il y a des périodes où la vie semble peser un peu plus lourd. 

Les responsabilités s'accumulent. 

Les inquiétudes reviennent. 

La fatigue finit par s'installer. 

Et nous nous surprenons parfois à penser qu'il faudrait simplement être plus forts. 

L'Évangile de ce dimanche nous révèle une tout autre manière d'avancer. 

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » (Mt 11, 25-30)

Nous portons tous quelque chose. 

Une inquiétude pour un proche. 

Une maladie. 

Un deuil. 

Une responsabilité devenue plus lourde. 

Ou simplement cette fatigue intérieure qui s'installe peu à peu.

Devant tout cela, notre premier réflexe est souvent le même. 

Nous serrons les dents. 

Nous essayons de tenir. 

Nous nous disons qu'il faudrait être plus courageux. 

Plus forts. 

Plus capables. 

Et voilà que Jésus vient renverser cette logique. 

Il ne commence pas par nous demander un effort supplémentaire. 

Il nous adresse une invitation : « Venez à moi. »

Ces trois mots sont d'une étonnante simplicité. 

Et pourtant, ils changent tout. 

Dieu ne nous demande pas d'être plus forts. 

Il nous invite à venir à lui avec ce que nous portons déjà. 

Le Christ ne promet pas une vie sans épreuves. 

Il ne promet pas que toutes nos croix disparaîtront. 

Mais il promet sa présence. 

Une présence qui accompagne. 

Une présence qui soutient. 

Une présence qui transforme notre manière de traverser ce qui nous semblait impossible à porter. 

La foi ne fait pas disparaître tous les fardeaux. 

Elle nous apprend que nous ne les portons plus seuls.

Quel est aujourd'hui le poids que j'essaie encore de porter seul ? 

Et si le premier pas de la foi consistait simplement à accueillir cette invitation du Christ : « Venez à moi. »

Prêtre catholique, ancien soldat de la Seconde Guerre mondiale et artiste allemand, Sieger Köder a consacré une grande partie de son œuvre à représenter un Christ proche des personnes blessées, fatiguées et éprouvées. Son art ne cherche pas seulement à illustrer les récits de l'Évangile ; il nous invite à y entrer.

Prenez quelques instants pour contempler ce vitrail. 

Laissez d'abord votre regard suivre la croix. Elle traverse toute la composition et relie les deux personnages.

Puis regardez les mains. 

Quatre mains soutiennent le même bois. 

Enfin, arrêtez-vous sur les visages. 

Ils sont si proches qu'ils semblent avancer d'un même pas. 

Au premier regard, on croit que Simon de Cyrène aide Jésus. 

Puis, peu à peu, une autre question surgit : 

Qui soutient réellement qui ?

Simon porte la croix avec Jésus. 

Mais Jésus semble tout autant soutenir Simon. 

La croix est toujours là. 

Elle demeure lourde. 

Mais elle n'est plus portée seul.

Parce qu'il s'agit d'un vitrail, la lumière traverse sans cesse les couleurs. Les rouges, les bleus et les ors changent selon l'heure du jour, comme si la lumière elle-même venait habiter la scène.

C'est peut-être là le cœur de cette œuvre. 

Le Christ ne nous enlève pas toujours nos fardeaux. 

Il choisit de les porter avec nous. 

En contemplant ce vitrail, les paroles de l'Évangile prennent une profondeur nouvelle : 

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » 

Le repos dont parle Jésus n'est pas l'absence d'épreuves. 

C'est la découverte d'une présence fidèle qui marche avec nous et qui transforme une croix portée seul en un chemin partagé.

Claude Pigeon, prêtre







Claude Pigeon, prêtre

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