Le temps de Dieu
Il y a des choses qui demandent du temps.
Un jardin.
Une relation.
Une confiance retrouvée.
Nous aimerions souvent voir les résultats immédiatement. Pourtant, la vie grandit autrement. L'Évangile de ce dimanche nous invite à redécouvrir la patience de Dieu, qui continue de semer sans jamais se décourager.
« Le semeur sortit pour semer. » (Mt 13, 1-9)
Lorsque je suis arrivé à Gatineau en 2019, je me suis installé dans une petite maison.
Les personnes qui y vivaient avant moi étaient âgés et ne jardinaient plus depuis plusieurs années.
Les plates-bandes étaient presque vides. Je n'avais jamais vraiment fait de jardinage.
Je me suis lancé en plantant d'abord quelques vivaces.
Au début, elles étaient si petites que j'avais l'impression qu'il restait beaucoup trop d'espace.
Alors… j'en ajoutais.
Je plantais beaucoup trop serré !
Aujourd'hui, six ans plus tard, je regarde ces mêmes plates-bandes avec un sourire.
Certaines plantes n'ont pas survécu à l'hiver.
D'autres étaient mal placées et ne profitaient pas d'un ensoleillement idéal.
J'en ai donc déplacé quelques-unes.
J'en ai remplacé d'autres.
Mais la plupart ont grandi.
Elles ont trouvé leur place.
Et mes petites plates-bandes commencent enfin à avoir de l'allure.
Cette petite expérience m'a appris quelque chose.
Dans un jardin, ce qui demande le plus de foi, ce n'est pas de planter.
C'est d'accepter d'attendre.
De croire à un résultat que l'on ne voit pas encore.
Je pense que Dieu agit souvent de la même manière avec nous.
Dans la parabole du semeur, Jésus attire d'abord notre regard sur celui qui sème.
Il ne calcule pas.
Il ne garde pas sa semence uniquement pour les meilleurs endroits.
Il sème généreusement.
Comme si aucune terre n'était définitivement perdue.
Voilà la Bonne Nouvelle de ce dimanche.
Dieu ne se lasse jamais de semer, parce qu'il voit toujours en nous plus de possibilités que nous n'en voyons nous-mêmes.
Nous regardons facilement nos limites.
Nos erreurs.
Nos lenteurs.
Nos blessures.
Nos découragements.
Dieu, lui, continue de croire à la vie qu'il a déposée en nous.
Le prophète Isaïe le disait déjà dans la première lecture : comme la pluie descend du ciel pour féconder la terre, ainsi la Parole de Dieu ne revient jamais sans avoir porté du fruit.
Pas toujours tout de suite.
Pas toujours de la manière que nous avions imaginée.
Mais elle agit.
Silencieusement.
Patiemment.
En regardant mon jardin aujourd'hui, je réalise que les plus belles transformations ne sont pas celles qui se produisent du jour au lendemain.
Elles sont le fruit d'une fidélité discrète, presque invisible.
Il en va souvent ainsi de notre vie intérieure.
Dieu poursuit son œuvre, même lorsque nous avons l'impression que rien ne pousse.
Peut-être est-ce cela, finalement, la confiance.
Croire que Dieu travaille encore en nous, même lorsque nous ne voyons que quelques petites pousses.
Quelle semence Dieu est-il peut-être déjà en train de faire grandir dans ma vie ?
Et si je lui faisais un peu plus confiance, en acceptant que certaines choses prennent simplement le temps de mûrir ?
Claude Monet, l'un des fondateurs de l'impressionnisme, ne peignait pas seulement les paysages : il cultivait lui-même le jardin qui allait devenir son plus grand atelier à ciel ouvert. Installé à Giverny à partir de 1883, il a consacré des années à planter, déplacer, associer les couleurs et laisser la nature trouver peu à peu son équilibre.
En contemplant Le Jardin de l'artiste à Giverny, on est d'abord saisi par l'abondance des fleurs. Rien n'y paraît figé ou parfaitement ordonné. Les massifs débordent de part et d'autre du sentier. Les couleurs se répondent avec une apparente spontanéité. Pourtant, cette impression de liberté est le fruit d'années de travail patient, d'observation et d'ajustements.
C'est peut-être ce qui rejoint le plus profondément l'Évangile de ce dimanche.
À première vue, nous ne voyons qu'un jardin en pleine floraison.
Mais derrière cette beauté se cachent des saisons entières de croissance silencieuse.
Il en est souvent ainsi de notre vie.
Dieu ne brusque pas les choses.
Il sème.
Il accompagne.
Il attend.
Il fait confiance à la vie qu'il a déposée en chacun de nous.
Je vous invite à prendre quelques instants pour contempler cette œuvre.
Laissez votre regard suivre les lignes du jardin et les couleurs qui se juxtaposent,s'appellent et se répondent.
Puis demandez-vous : Qu'est-ce que Dieu est peut-être déjà en train de faire grandir en moi, sans que je m'en rende encore pleinement compte ?
Claude Pigeon, prêtre