« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde.» (Jn 1, 29-34)
Dans l’Évangile de ce dimanche, Jean le Baptiste désigne Jésus en disant : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Ce titre peut sembler lointain, presque abstrait. Pourtant, il dit quelque chose de profondément concret : Jésus est celui qui porte ce que nous ne pouvons plus porter nous‑mêmes.
Cette vérité apparaît avec force dans la toile intitulée Le Bon Pasteur de Philippe de Champaigne (vers 1550-1560, conservée au Musée des Beaux-Arts de Tours). Au XVIIᵉ siècle, Champaigne est l’un des grands maîtres du classicisme français. Il est reconnu pour la sobriété, la clarté et la profondeur spirituelle de ses œuvres. Contrairement à d’autres artistes baroques de son époque, il ne cherche pas l’effet spectaculaire : il cherche la vérité intérieure, la lumière qui révèle le cœur.
Ici, il représente le Christ avec une grande dignité, presque royale, mais sans ostentation. La composition est simple : Jésus se tient au centre, debout, solide. Sur ses épaules repose une brebis, paisible et en sécurité. Les couleurs sont douces et se concentrent autour des ocres, des bruns et des verts tendres. La lumière vient de l’avant, éclairant le visage du Christ et celui de la brebis. Tout est calme. Tout est retenu. Tout est vrai.
Ce qui frappe, c’est l’expression du Christ : une douceur ferme, une force tranquille, une compassion qui ne s’impose pas, mais qui porte. La brebis, elle, ne lutte pas. Elle se laisse porter. Elle a trouvé son refuge.
Cette toile dit exactement ce que Jean proclame dans l’Évangile : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Non pas un agneau fragile, mais un agneau qui porte. Un agneau qui prend sur lui ce qui écrase l’humanité. Un agneau qui libère, qui relève, qui sauve. En d’autres mots, le Christ porte l’humanité blessée. Il porte chacun de nous. Il porte ce qui nous écrase.
Pour actualiser cette vérité, je me suis amusé à juxtaposer une photo contemporaine créée avec l’IA et représentant un pompier sortant un enfant d’un bâtiment en feu en le portant dans ses bras. Le geste est limpide : l’enfant ne peut plus avancer, le danger est trop grand, et quelqu’un le prend sur lui pour le sauver.
Cette juxtaposition n’est pas un simple effet visuel : elle révèle le cœur même de l’Évangile. Ce que le pompier fait physiquement, Jésus le fait spirituellement. Il nous porte hors de ce qui nous détruit. Il nous arrache à ce qui nous enferme. Il prend sur lui ce que nous ne pouvons plus supporter. Voilà ce que signifie : « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».
Le péché, ce n’est pas seulement une rupture de relation avec Dieu : c’est aussi tout ce qui nous empêche de vivre, tout ce qui nous écrase, tout ce qui nous éloigne de la lumière. Et Jésus vient nous porter hors de cet incendie intérieur.
Ces deux images relaient pour nous le même message : Dieu ne nous laisse pas seuls. Il vient nous chercher. Il nous porte. Il nous sauve.
Tout au long de cette nouvelle année liturgique, nous allons marcher à la suite du Christ en écoutant le récit que nous transmet l’évangéliste Matthieu. S’adressant à une communauté chrétienne issue du Judaïsme, Matthieu insiste pour présenter Jésus comme le nouveau Moïse : celui qui accomplit l’Écriture, révèle le Royaume et façonne un peuple appelé à vivre une fidélité cohérente, une miséricorde active et une véritable unité de cœur.
Bon dimanche!
Claude Pigeon