« L'étoile qu'ils avaient vu à l'orient les précédait, jusqu'à (...) s'arrêter au-dessus de l'endroit où se trouvait l'enfant. » (Mt 2, 1-12)
Le chemin parcouru par les mages est un modèle de cheminement dans la foi. Il suffit parfois d’une seule lumière pour remettre quelqu’un en marche. Les mages n’avaient pas de carte, pas de certitude, pas de garantie. Ils n’avaient qu’une étoile, une trace fragile dans la nuit, et pourtant ils ont osé quitter leurs habitudes, leurs sécurités, leurs frontières. Ils ont avancé sans tout comprendre, sans tout maîtriser, mais avec un cœur ouvert.
C’est souvent ainsi que commence la foi : non pas avec une vision claire de l’avenir, mais avec un premier pas, parfois minuscule, parfois hésitant. La vie spirituelle n’est pas un sprint éclairé de projecteurs, mais une marche humble où Dieu nous donne juste assez de lumière pour aujourd’hui. Pas pour demain, pas pour tout le chemin : juste pour le prochain pas. Et cela suffit souvent pour découvrir que la route s’ouvre au fur et à mesure.
L’Épiphanie nous rappelle que la foi n’est pas d’abord une compréhension intellectuelle, mais une disponibilité intérieure. Les mages ne voient pas tout, mais cela ne les empêche pas d’avancer, et finalement de trouver. Ils prennent la route sans savoir où elle les mènera. Ils se laissent conduire. Leur marche devient une parabole de nos propres chemins : avancer avec ce que nous avons, avec la lumière reçue, même si elle semble petite, parfois même vacillante.
C’est cela, la foi : accepter de marcher un pas à la fois, confiants que Dieu éclaire la route au rythme de notre avancée.
Pour accompagner cette méditation, je vous propose de découvrir une œuvre splendide : « L’Adoration des Mages », de Gentile da Fabriano. Peinte en 1423, cette toile met en scène la marche, la recherche, puis la lumière trouvée, exactement ce que raconte le passage de l’Évangile de Luc proclamé en ce jour.
Cette œuvre raconte un véritable voyage. On y voit les mages arriver de loin, entourés de leurs cortèges, de leurs chevaux et de leurs serviteurs. Le peintre déploie une procession somptueuse, presque théâtrale, où chaque détail raconte la quête : les vêtements brodés, les visages attentifs, les gestes de respect. Tout semble briller, tout semble en mouvement, comme si la lumière de l’étoile se reflétait sur chaque surface.
Et pourtant, au centre, tout s’arrête : la quête touche à son terme. La scène se resserre autour d’un enfant fragile, humble, silencieux. Marie présente Jésus avec douceur, Joseph veille discrètement. Les puissants se penchent, les savants s’inclinent, les voyageurs déposent leurs trésors. La vraie lumière ne vient pas des mages ou des chercheurs et chercheuses de Dieu : elle vient de l’Enfant.
Fabriano nous montre que la marche de la foi conduit toujours à un dépouillement : on part avec beaucoup, on arrive avec moins, et l’on découvre que l’essentiel est devant nous, dans une présence humble et désarmante. N’est-ce pas ainsi que se présente aussi le récit de notre propre histoire de foi ? Un pèlerinage qui conduit vers l'intérieur, au plus profond de soi.
Comme les mages, nous avançons avec ce que nous avons : une intuition, un désir, une étoile dans la nuit. Nous ne voyons pas tout, mais nous pouvons faire un pas.Et ce pas suffit pour que Dieu nous rejoigne.
En cette Épiphanie, que la lumière nous trouve. Qu’elle nous mette en route.Et qu’elle nous accompagne, un pas à la fois, tout au long de cette nouvelle année encore si jeune et pleine de promesses.
Bon dimanche !
Claude