27 Dec
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« Prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte » (Mt 2, 13 15.19 23)

Cette parole adressée à Joseph est l’une des plus bouleversantes de l’Évangile. Elle dit à la fois la fragilité de Dieu et la responsabilité confiée aux humains. Dieu ne sauve pas l’Enfant par un geste spectaculaire: il passe par l’obéissance silencieuse d’un père bien humain, par la vigilance d’un cœur qui écoute et fait confiance.

Joseph ne discute pas, ne temporise pas, ne cherche pas à comprendre tout ce qui se joue. Il se lève, dans la nuit, et il part, soutenu par sa foi. C’est souvent ainsi que se vit la fidélité: dans des déplacements intérieurs ou extérieurs que l’on n’avait pas prévus, dans des revirements ou des passages qui ressemblent parfois à un exil, mais où Dieu ouvre un chemin devant nous.

La Fuite en Égypte n’est pas seulement un épisode dramatique: c’est aussi un lieu de révélation et d'espérance. L’Égypte, terre d’exil, devient paradoxalement un espace de protection. Là où l’on pensait trouver la menace, Dieu prépare un refuge d'où pourra surgir un avenir. Là où tout semble sombre, instable ou même impossible, il travaille en secret et prépare une autre étape de notre aventure humaine.

Joseph porte l’Enfant et sa mère, mais en réalité, c’est Dieu qui porte Joseph et sa famille. Sa confiance devient le berceau où la promesse peut continuer de grandir. Pour nous aussi, il arrive que la vie nous demande de «nous lever dans la nuit», de quitter des certitudes, des repères qui rassurent, de traverser des zones encore inconnues. L’Évangile nous rappelle que ces passages ne sont jamais vides: ils sont habités par Celui qui marche devant nous et qui nous porte dans ses mains et son cœur.

Cette dynamique intérieure de confiance et de déplacement vers un avenir meilleur, l’artiste Jacopo Bassano (Giacomo da Ponte) l’a magnifiquement saisie dans sa toile "La Fuite en Égypte" peinte au 1545 et conservée au Norton Simon Museum, Pasadena. Loin des compositions solennelles de la Renaissance, Bassano choisit une scène presque rustique, où la Sainte Famille avance dans un paysage crépusculaire. Tout respire le réalisme: le pas du petit âne, la fatigue discrète de Marie, la vigilance de Joseph qui ouvre la marche. Rien n’est idéalisé, et pourtant tout est transfiguré, comme l'indique la présence de l'ange, à la fois messager et assurance de Dieu, qui ouvre la marche et montre la direction. L'à-venir est devant, tout comme la vie et l'espérance.

La lumière, douce mais insistante, glisse sur les visages et souligne la tendresse silencieuse qui unit ces trois vies. L’Enfant, aussi petit soit-il, serré contre sa mère, devient le centre lumineux de la composition: même en exil, même dans l’incertitude, il demeure la source de paix. Le paysage, vaste et légèrement sombre, évoque l’inconnu vers lequel la famille s’avance. Mais au loin, une clarté s’ouvre, comme une promesse d'avenir. Bassano semble dire que l’obéissance de Joseph n’est pas une fuite désespérée, mais un passage: un chemin où Dieu accompagne, éclaire et protège.

Ainsi, l’Évangile et la peinture se répondent: tous deux nous rappellent que la foi se vit souvent dans des déplacements modestes, dans des gestes de protection, dans des fidélités silencieuses. Ils nous invitent à reconnaître, comme Joseph, que même les routes les plus incertaines peuvent devenir des lieux de grâce lorsque nous portons le Christ et faisons confiance à ce qui va advenir. La fuite en Égypte devient pour nous message d'espérance. Le meilleur est toujours à venir. Cet épisode nous invite à vivre dans l'espérance de jours meilleurs, quels que soient les défis rencontrés.

Et justement, alors que, dans toute l’Église catholique romaine, on s’apprête à clore le Grand Jubilé de l’espérance le 6 janvier prochain, nos diocèses de Rimouski et de Gatineau referment cette année de grâce en ce jour de la fête de la Sainte Famille. Ce décalage liturgique nous rappelle que l’espérance ne se limite pas à une date: elle se poursuit dans la vie concrète de nos communautés, dans nos fidélités quotidiennes, dans les chemins parfois inattendus où le Seigneur nous conduit. Que la fin officielle de ce Jubilé ravive en chacun et chacune de nous le désir de marcher, comme Joseph, avec confiance et disponibilité, sur les routes où Dieu nous conduit et nous précède.

Bonne fin de Jubilé et bon dimanche!

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