31 Dec
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« Les bergers découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.» (Lc 2, 16-21)

L’Évangile de ce premier jour de l’année nous ramène à Bethléem, dans la simplicité d’une étable où les bergers découvrent Marie, Joseph et l’Enfant couché dans la mangeoire. Gens ordinaires, pauvres, sans importance sociale, ils sont pourtant les premiers témoins choisis par Dieu. Ils racontent ce qu’ils ont vu et entendu, tandis que Marie « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ». Elle comprend déjà que son Fils se tournera vers les petits, les exclus, celles et ceux qui ont besoin de lumière pour avancer. Ce récit nous place devant un Dieu qui se donne dans la fragilité et qui confie son œuvre future à la tendresse d’une mère.

Pour entrer plus profondément dans ce mystère, je vous propose de contempler « La  Nativité mystique » de Sandro Botticelli. Peinte vers 1500, cette œuvre, comme les récits évangéliques, ne cherche pas à décrire un fait historique à la manière d'un documentaire, mais à révéler la profondeur spirituelle de la naissance du Christ : une joie qui traverse le ciel et la terre.

Au centre, l’Enfant repose sur un simple linge, uni à la terre et à notre humanité. Marie, inclinée, l’adore en silence. Joseph veille en retrait. Autour d’eux, tout s’anime : les anges dansent, chantent, embrassent les hommes. Le ciel s’ouvre, comme si la frontière entre Dieu et l’humanité s’effaçait. Botticelli donne à voir ce que Luc annonce : la naissance de Jésus est une irruption de Dieu dans l’histoire, une joie offerte à tout l’univers.

Marie occupe une place centrale. Recueillie, les mains jointes, elle contemple son Fils. Son attitude rejoint l’Évangile : elle garde tout dans son cœur et médite sur ce dont elle est témoin. Elle devient ainsi la première croyante, la gardienne du mystère, celle qui accueille la lumière sans la posséder.

Botticelli peint cette scène dans un temps profondément troublé. En 1494, c’est la chute des Médicis : Florence devient une république fragile, traversée par des luttes de factions. Les armées françaises, espagnoles et impériales envahissent tour à tour la péninsule italienne. Le prédicateur dominicain Savonarole marque la vie spirituelle par ses appels à la réforme morale et ses célèbres « bûchers des vanités », où l’on brûle objets de luxe et signes de richesse. Le climat de peur et de violence est quotidien.

Et pourtant, au cœur de cette tourmente, Botticelli ose représenter une joie débordante, une lumière qui transfigure tout. Comme c’est actuel ! C’est précisément cette lumière que les premiers mots du Ressuscité offrira, comme le rappelle le thème proposé en ce 1er janvier par le pape Léon pour marquer la 59ᵉ Journée mondiale de la Paix : « La paix soit avec vous tous : une paix désarmée et désarmante ».

En ce premier jour de l’année, l’Évangile de Luc et Botticelli nous conduisent au même lieu : devant un Dieu qui se fait petit, un Dieu qui se donne, un Dieu qui ouvre un chemin de paix. Comme Marie, gardons ces événements dans notre cœur. Comme les bergers, approchons-nous avec simplicité. Comme les anges de Botticelli, laissons la joie de Dieu nous mettre en mouvement.

Que cette lumière accompagne la nouvelle année, et que la bénédiction de l’Enfant nouveau-né repose sur chacun et chacune de nous. Et que nos rêves visent suffisamment haut pour que, même s’ils ne se réalisent pas tous, ils nous rapprochent des étoiles.

Bonne année 2026!

Claude Pigeon

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