Claude Pigeon, prêtre
17 Jun
17Jun

Tu as du prix aux yeux de Dieu

Il nous arrive parfois de croire que notre valeur dépend de ce que nous faisons. 

De nos réussites. 

De notre utilité. 

Ou du regard que les autres portent sur nous. 

L'Évangile de ce dimanche nous invite à regarder plus loin. 

À découvrir notre vie à travers le regard de Dieu.

« Vous valez bien plus qu'une multitude de moineaux. » (Mt 10, 26-33)

À trois reprises dans l'Évangile de ce dimanche, Jésus répète à ses disciples : « N'ayez pas peur. » 

Cette insistance attire l'attention. 

Jésus sait bien que la peur fait partie de l'expérience humaine. 

Peur de l'échec. Peur du jugement. Peur de l'avenir. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de perdre ce qui nous est cher. 

Pour rassurer ses disciples, Jésus choisit une image toute simple. 

Il parle des moineaux. 

De petits oiseaux que presque personne ne remarque. Et pourtant, affirme-t-il, aucun n'échappe à l'attention du Père. 

Puis il ajoute : 

« Vous valez bien plus qu'une multitude de moineaux. » 

Ces paroles ne promettent pas une vie sans difficultés. 

Elles ne suppriment pas les épreuves. 

Elles nous rappellent plutôt quelque chose d'essentiel : 

Notre valeur ne dépend pas de nos performances. 

Elle ne dépend pas de notre efficacité. 

Elle ne dépend pas du regard des autres. 

Elle naît du regard que Dieu pose sur nous.

Nous vivons dans une société où il est facile de mesurer notre importance à ce que nous accomplissons. 

Lorsque tout va bien, nous nous sentons utiles. 

Lorsque les forces diminuent ou que les projets n'aboutissent pas comme prévu, nous pouvons rapidement douter de nous-mêmes.

L'Évangile nous invite à déplacer notre regard. 

À découvrir que nous sommes aimés avant même d'avoir prouvé quoi que ce soit.

Cette vérité trouve un écho particulier dans L'Enfant au pain d'Ozias Leduc (1864-1955), l'un des grands maîtres de la peinture québécoise. 

Réalisée vers 1899 et conservée aujourd'hui au Musée national des beaux-arts du Québec, cette œuvre frappe par sa simplicité. 

À première vue, il ne se passe presque rien. 

Un enfant. 

Un morceau de pain. 

Une lumière douce. 

Un décor sobre. 

Et pourtant, plus on contemple ce tableau, plus quelque chose se révèle. 

Ozias Leduc ne cherche pas à raconter un événement spectaculaire.

Il attire plutôt notre attention sur la richesse cachée du quotidien.

Comme si les réalités les plus simples pouvaient porter une profondeur que nous ne remarquons pas toujours au premier regard.

En regardant cette œuvre, je pense aux paroles de Jésus. 

Nous passons souvent beaucoup de temps à mesurer ce qui nous manque. 

Dieu commence ailleurs. 

Il regarde la personne avant la performance. 

Il voit la beauté avant les défauts. 

Il voit ce qui peut grandir avant ce qui demeure fragile.

Peut-être est-ce là le cœur de la Bonne Nouvelle de ce dimanche.

Nous n'avons pas à mériter notre valeur. 

Nous avons d'abord à la recevoir. 

Comme un cadeau. 

Comme une vérité que le Christ vient déposer au cœur de nos inquiétudes : 

« N'aie pas peur. Tu as du prix à mes yeux. » 

Je vous invite à prendre quelques instants pour contempler l'œuvre d'Ozias Leduc. 

Regardez le visage de l'enfant. 

Le pain qu'il tient dans ses mains. 

Le calme qui habite la scène. 

Puis laissez monter cette question : 

Qu'est-ce qui changerait dans ma vie si je croyais vraiment que j'ai du prix aux yeux de Dieu ?

Claude Pigeon, prêtre

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