Claude Pigeon, prêtre
22 Jul
22Jul

Apprendre à reconnaître le vrai trésor

Il suffit parfois d'ouvrir une vieille boîte oubliée pour que le temps s'arrête un instant. Quelques photographies. Un dessin d'enfant. Une petite voiture. Une médaille gagnée à l'école. 

Pour quelqu'un d'autre, ce ne sont que de vieux objets. Pour celui qui les retrouve, ils deviennent soudain inestimables. Non parce qu'ils valent cher, mais parce qu'ils racontent une histoire. 

Ils parlent des personnes aimées, des rêves d'autrefois, des étapes qui ont façonné une vie. Les véritables trésors ne se mesurent pas à leur prix. Ils se reconnaissent avec le cœur.

« Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ. L'homme qui l'a découvert le cache de nouveau et, dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il possède pour acheter ce champ. »  (Mt 13, 44-52)

Dans l'Évangile de ce dimanche, Jésus raconte trois très courtes paraboles. 

Un homme découvre un trésor caché dans un champ. Un marchand trouve une perle de très grand prix. Puis des pêcheurs tirent leur filet sur le rivage et prennent le temps de trier leur pêche. 

À première vue, ces histoires semblent différentes. En réalité, elles racontent toutes le même chemin. Découvrir. Choisir. Discerner. 

Le trésor était déjà là. La perle existait déjà. Le filet contenait déjà de bons poissons. 

Encore fallait-il savoir les reconnaître. 

La première lecture nous présente le jeune roi Salomon. Dieu lui offre de demander ce qu'il désire. Il pourrait réclamer la richesse, la puissance ou une longue vie. Il demande tout autre chose. « Donne à ton serviteur un cœur capable de discerner. » Quelle étonnante prière ! Salomon comprend que le plus grand trésor n'est pas d'avoir davantage. Le plus grand trésor est d'apprendre à reconnaître ce qui compte vraiment. 

Je me demande si ce n'est pas aussi le défi de notre époque. Nous sommes sollicités de toutes parts. Les nouvelles. Les notifications. Les réseaux sociaux. Les publicités. Tout cherche à capter notre attention. Tout semble urgent. Mais tout n'est pas essentiel. Nous pouvons facilement passer nos journées à regarder mille choses… sans voir ce qui donne véritablement sens à notre vie. 

Les paraboles de ce dimanche nous rappellent que lorsque le Royaume de Dieu devient notre trésor, nous apprenons enfin à reconnaître ce qui compte vraiment. 

Le Royaume n'ajoute pas simplement une richesse de plus à notre existence. Il transforme notre regard. Il remet les choses à leur juste place. Il nous apprend à discerner ce qui mérite notre temps, notre énergie, notre confiance et notre amour. 

Comme l'homme de la parabole, nous ne perdons rien d'essentiel. Nous découvrons simplement quelque chose d'infiniment plus précieux. 

Pour accompagner cette méditation, j'ai choisi The Blind Girl (La Jeune Aveugle), peinte par John Everett Millais entre 1854 et 1856. L'œuvre est aujourd'hui conservée au Birmingham Museum and Art Gallery, en Angleterre. 

Millais est l'un des fondateurs du mouvement préraphaélite, qui cherchait à retrouver la précision du regard, la richesse des couleurs et la profondeur symbolique des grands maîtres d'avant Raphaël. 

Le tableau représente deux jeunes musiciennes ambulantes après un orage. Au premier regard, notre attention est naturellement attirée par le magnifique double arc-en-ciel qui traverse le ciel. La lumière est revenue. Les couleurs sont éclatantes. La campagne anglaise respire la paix retrouvée. 

Puis notre regard descend vers les deux enfants. La plus jeune contemple le paysage. Sa sœur aînée, aveugle, garde le visage doucement tourné vers le soleil. Elle ne voit ni le ciel ni l'arc-en-ciel. Pourtant, tout son corps semble accueillir la chaleur de la lumière, le souffle du vent, la présence rassurante de sa petite sœur appuyée contre elle. L'accordéon posé sur ses genoux rappelle que ces deux enfants vivent de la musique qu'elles offrent sur les routes. 

En contemplant cette œuvre, une question s'impose peu à peu : Qui voit vraiment ? Celle qui admire l'arc-en-ciel avec ses yeux ? Ou celle qui accueille la beauté du monde avec tout son être ? 

C'est cette question qui m'a conduit à choisir ce tableau. Non parce qu'il représente l'Évangile. Il ne montre ni trésor, ni perle, ni filet. Mais il raconte la même histoire intérieure. 

Nous pensons souvent que voir consiste à ouvrir les yeux. Jésus nous apprend qu'il s'agit surtout de reconnaître ce qui a réellement de la valeur. Salomon demandait un cœur capable de discerner. Millais nous invite, lui aussi, à déplacer notre regard. À ne pas nous laisser séduire uniquement par ce qui brille. À découvrir cette beauté plus discrète qui habite les personnes, les relations, les gestes simples et la présence de Dieu dans notre quotidien. 

Prenez quelques instants pour contempler cette œuvre. Laissez votre regard parcourir le paysage. Puis revenez doucement vers le visage paisible de la jeune fille. Peut-être entendrez-vous, à travers son silence, la même question que Jésus adresse à chacun de nous : Quel est le véritable trésor de ma vie ? 

Et tant qu'à y être, pourquoi ne pas se demander si dans ma vie, demeure caché un trésor que je ne vois plus parce qu'il est devenu trop familier ? Et si le Seigneur m'invitait aujourd'hui à regarder autrement ce qui est déjà là ?

Claude Pigeon, prêtre

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