Claude Pigeon, prêtre
05 Aug
05Aug

L'heure bleue de la foi

Il existe, chaque jour, un moment très particulier où le jour s'efface doucement sans que la nuit soit encore installée. 

Les contours deviennent moins nets. 

Les couleurs changent. 

Nous avançons encore, mais autrement. 

Il me semble que notre vie ressemble parfois à ce moment-là. 

Nous ne sommes plus tout à fait dans ce qui était. 

Nous ne voyons pas encore clairement ce qui vient. 

Et c'est souvent là que surgissent nos plus grandes inquiétudes.

« Confiance ! C'est moi. N'ayez pas peur. » (Mt 14, 22-33)

Quand le vent se lève 

Les disciples sont en pleine nuit. 

Le vent est contraire. 

La barque est secouée par les vagues. 

Ils ont peur. 

Ce récit nous est tellement familier qu'il est facile de nous arrêter au miracle. 

Pourtant, ce qui me touche le plus, cette semaine, n'est pas que Jésus marche sur les eaux. 

C'est ce qu'il dit. 

« Confiance ! C'est moi. N'ayez pas peur. »

Avant même que le vent tombe. 

Avant que la mer retrouve son calme. 

Avant que les disciples comprennent vraiment ce qui est en train de se passer. 

Il leur offre d'abord sa présence. 

Je crois que nous connaissons tous, à notre manière, ces tempêtes.

Une maladie. 

Une séparation. 

Un deuil. 

Une décision difficile. 

Une retraite. 

Une inquiétude qui ne nous quitte pas. 

Ou simplement cette impression de ne plus savoir très bien où nous allons. 

Notre premier réflexe est souvent le même. 

Nous demandons à Dieu de faire disparaître la tempête. 

Et si Dieu répondait d'abord autrement ? 

Non pas en supprimant immédiatement ce qui nous fait peur. 

Mais en venant marcher avec nous au cœur même de cette épreuve.

Voilà peut-être la Bonne Nouvelle de ce dimanche. 

La foi ne nous promet pas une vie sans tempêtes. Elle nous révèle une présence qui ne nous abandonne jamais au cœur de la tempête. 

Une œuvre à contempler 

Pour accompagner cette méditation, j'ai choisi Summer Evening on Skagen's Southern Beach (Soir d'été sur la plage sud de Skagen), peint en 1893 par Peder Severin Krøyer. L'œuvre est aujourd'hui conservée au Skagens Museum, à Skagen, tout au nord du Danemark.

Krøyer est l'un des grands représentants des peintres de Skagen, un groupe d'artistes fascinés par la lumière exceptionnelle de cette pointe du Danemark, où se rencontrent la mer du Nord et la mer Baltique.

Ils revenaient souvent peindre un instant très particulier de la journée:  l'heure bleue

Pendant quelques minutes, le soleil a disparu. 

La nuit n'est pas encore tombée. 

Le ciel, la mer et le sable semblent baignés d'une même lumière douce et silencieuse. 

Les contours deviennent moins précis. 

Le monde paraît suspendu. 

La langue française possède une très belle expression pour désigner ce moment : « entre chien et loup »

C'est cet instant où la lumière est si incertaine qu'on ne distingue plus très bien un chien d'un loup. 

Une vieille expression qui dit bien ces périodes de notre existence où nos repères vacillent, où nous avançons sans tout comprendre, sans être pour autant plongés dans la nuit. 

N'est-ce pas ce que vivent les disciples sur le lac ? 

N'est-ce pas aussi ce que nous traversons parfois ? 

Dans le tableau de Krøyer, deux femmes marchent lentement au bord de la mer. 

Si elles parlent, c'est sans doute à voix basse, sur le ton de la confidence... et de la confiance. 

Elles ne semblent pas lutter contre les vagues. 

Elles avancent simplement, côte à côte, enveloppées par cette lumière qui unit le ciel, la mer et la terre. 

En contemplant cette œuvre, je me suis dit que la foi ressemble parfois à cette heure bleue

Nous ne sommes plus en plein jour. 

Nous ne voyons pas encore tout clairement. 

Mais nous ne sommes pas non plus dans la nuit. 

C'est précisément dans cet entre-deux que le Christ vient nous rejoindre. 

Il ne commence pas par faire disparaître la tempête. 

Il commence par nous dire : 

« Confiance ! C'est moi. N'ayez pas peur. »

Le miracle est peut-être déjà là. 

Non pas parce que tout a changé autour de nous. 

Mais parce que quelqu'un marche désormais avec nous.

Pour poursuivre la réflexion 

Dans quelle heure bleue de ma vie suis-je aujourd'hui ? 

Quelle est cette tempête que je voudrais voir disparaître… alors que le Seigneur m'invite peut-être d'abord à reconnaître qu'il est déjà là, avec moi, au coeur de mon histoire ?

Claude Pigeon, prêtre

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