Claude Pigeon, prêtre
14 Apr
14Apr

Voir… sans toujours reconnaître (Lc 24, 13-35)

Ce tableau s’intitule Le Fils de l’homme.

Il a été peint en 1964 par le peintre surréaliste belge René Magritte.

On y voit un homme ordinaire, debout, vêtu d’un manteau sombre et coiffé d’un chapeau melon.

Mais son visage est caché par une pomme verte suspendue devant lui.Tout est visible… sauf l’essentiel.

Magritte voulait montrer que la réalité contient toujours une part qui nous échappe. Nous voyons… mais jamais toute la réalité.

L’Évangile de ce dimanche raconte une expérience semblable.

Deux disciples marchent vers Emmaüs.

Ils parlent entre eux, ils essaient de comprendre ce qui vient de se passer.

Ils sont déçus.

Ils disent simplement : «Nous espérions…»

Ils espéraient que leur vie prendrait une autre direction.

Ils espéraient que Dieu agirait autrement.

C'est à ce moment que Jésus s’approche et marche avec eux.

Mais ils ne le reconnaissent pas.

Comme si quelque chose les empêchait de voir celui qui fait route avec eux.

Il y a quelques années, j'étais à bord d'un train pour un long déplacement.

Un homme était assis près de moi.

Au début, nous avons échangé quelques mots ordinaires, par politesse, comme cela arrive souvent en voyage avec des inconnus.

Puis la conversation a pris une tournure plus personnelle.

Il traversait une période difficile.

Un projet important pour lui n’avait pas abouti.

Il portait une fatigue intérieure qu’il avait du mal à porter seul.

Je n’avais pas de réponse particulière à lui offrir.

Alors j’ai simplement écouté.

Au moment de descendre du train, il m’a dit : 

«Merci beaucoup… je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a vraiment fait du bien de parler.»

Et je lui ai répondu : «Parfois, ce qui aide le plus, ce n’est pas d’avoir toutes les réponses… c’est simplement de ne pas être seul sur la route.»

Dans le récit d’Emmaüs, Jésus fait exactement cela.

Il marche avec eux.

Il les écoute.

Peu à peu, quelque chose s’éclaire en eux.

Toutefois, ce n'est que plus tard qu’ils reconnaissent sa présence.

Ils réalisent :«Notre cœur n’était-il pas brûlant lorsqu’il nous parlait en chemin?»

La Bonne Nouvelle est peut-être simplement celle-ci : 

Le Ressuscité marche avec nous, même lorsque nous ne le reconnaissons pas encore.

Sa présence passe souvent par des choses simples :

une conversation qui fait du bien,

une présence fidèle,

une parole entendue au bon moment,

un geste simple qui rallume une lumière intérieure.

Cette semaine, une question très simple :

Quand mon cœur a-t-il été un peu plus vivant ces derniers jours?

Dans quelle rencontre?

Dans quel moment paisible?

Souvent, c’est ainsi que le Ressuscité se laisse reconnaître:

discrètement, sur la route ordinaire de notre vie.

Heureux temps pascal!

Claude Pigeon


Commentaires
* L'e-mail ne sera pas publié sur le site web.