Une place autour de la table
Imaginons une scène toute simple.
Une mère tient dans ses bras son nouveau-né.
Spontanément, nous disons :
« Un enfant est né. »
Et pourtant, trois naissances viennent de se produire.
Une femme devient mère.
Un homme devient père.
Et un enfant devient fils ou fille.
Ensemble, ils deviennent une famille.
Et cette identité nouvelle ne se construit pas seule.
Elle naît dans les regards échangés.
Dans la relation.
Dans l’amour donné et reçu.
Le père découvre qu’il est père dans les yeux de l’enfant et de la mère.
La mère devient mère dans ce même mouvement d’amour.
Et l’enfant reçoit lui aussi son identité à travers cet amour qui le précède et l’accueille.
Peut-être que cela nous aide un peu à approcher la fête de la Sainte Trinité.
Quand Jésus parle de Dieu,
il ne présente pas une théorie compliquée.
Il révèle un Dieu qui est relation vivante.
Un Dieu qui aime, qui donne et qui fait vivre.
Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus affirme :
« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. »
Voilà le cœur de la Trinité.
Un amour qui circule.
Un amour qui se donne.
Un amour qui fait vivre l’autre.
Cette réalité est magnifiquement évoquée dans La Trinité d’Andreï Roublev, peinte vers 1410-1425.
Roublev, moine et iconographe russe, est reconnu comme l’un des plus grands maîtres de l’art spirituel orthodoxe.
Dans cette icône aujourd’hui conservée à la Galerie Tretiakov de Moscou, trois personnages sont assis autour d’une même table.
Leurs regards circulent doucement les uns vers les autres.
Aucun ne cherche à dominer.
Les gestes sont paisibles.
Les lignes sont harmonieuses.
Les couleurs profondes — bleu, or et terre — créent une impression de paix et de communion.
Et surtout, il y a cet espace ouvert à l’avant de la table.
Comme si une place demeurait libre.
Une place pour celui ou celle qui contemple l’icône.
Une place pour chacun de nous.
Plus on regarde cette œuvre, plus on découvre un Dieu qui n’écrase pas… mais qui invite.
Un Dieu qui ouvre un espace pour l’autre.
Un Dieu qui fait respirer.
Et peut-être que la vie spirituelle consiste justement à apprendre cela:
devenir, nous aussi, des personnes qui permettent aux autres d’exister davantage.
Par notre écoute.
Notre accueil.
Notre manière d’aimer.
Et si, cette semaine,
nous demandions simplement la grâce de devenir, nous aussi,
une présence qui aide quelqu’un à respirer davantage ?
Bonne fête de la Sainte-Trinité!
Claude Pigeon, prêtre