Claude Pigeon, prêtre
10 Jun
10Jun

La moisson est déjà là!

Il nous arrive parfois de regarder le monde avec inquiétude. 

Les défis sont nombreux.
Les besoins semblent immenses.
Et nos moyens paraissent bien modestes. 

Pourtant, l'Évangile de ce dimanche nous invite à porter un autre regard. 

Un regard capable de reconnaître ce qui grandit déjà autour de nous.

«La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux.» (Mt 9, 36 - 10, 8)

Dans l'Évangile de ce dimanche, tout commence par un regard.

Jésus regarde les foules. 

Il voit leur fatigue.
Leurs blessures.
Leurs inquiétudes. 

Et saint Matthieu nous dit simplement : 

« Il fut saisi de compassion. » 

Avant la mission.
Avant les consignes.
Avant l'envoi des disciples. 

Il y a d'abord cette compassion.

Puis Jésus utilise une image que tous comprenaient immédiatement :

La moisson. 

Un champ arrivé à maturité. 

Un fruit prêt à être recueilli. 

Une promesse d'abondance.

Souvent, nous regardons le monde à partir de ce qui manque. 

Nous voyons les problèmes.
Les tensions.
Les inquiétudes. 

Jésus regarde autrement. 

Là où nous voyons des obstacles, il voit un champ prêt à produire du fruit. 

Là où nous voyons des limites, il voit des possibilités. 

Là où nous voyons parfois l'échec, il discerne déjà une récolte.

Cette image prend une résonance particulière dans l'œuvre Récolter de Clarence Gagnon. 

L'un des grands peintres québécois du début du XXe siècle, Gagnon a consacré une partie importante de son œuvre aux paysages de Charlevoix et au monde rural québécois. 

Dans cette scène lumineuse, plusieurs personnes travaillent ensemble dans un vaste champ doré. 

À l'arrière-plan, les montagnes et le lac composent un décor paisible et majestueux. 

Les teintes dorées du blé mûr répondent aux bleus profonds de l'eau et des montagnes. 

Tout évoque la patience des saisons. 

Le travail discret.

La fécondité qui arrive à son heure.

En contemplant cette œuvre, on comprend mieux les paroles de Jésus. 

Une récolte ne surgit pas spontanément. 

Quelqu'un a semé. 

Quelqu'un a travaillé. 

Quelqu'un a attendu. 

Puis vient le temps de recueillir le fruit.

Il en va souvent de même dans nos vies. 

Nous ne voyons pas toujours ce qui mûrit. 

Nous ignorons parfois l'effet d'une parole d'encouragement. 

D'une présence fidèle. 

D'un geste de bonté. 

D'une écoute offerte. 

Pourtant, Dieu continue de faire grandir quelque chose.

La mission chrétienne commence peut-être là. 

Apprendre à regarder comme Jésus regarde. 

Avec compassion. 

Avec espérance. 

Avec confiance dans ce qui est déjà en train de grandir.

Et si, cette semaine, nous prenions le temps de regarder autour de nous autrement ? 

Non pas seulement ce qui manque. 

Mais aussi les signes de vie, de bonté et d'espérance qui sont déjà présents. 

Peut-être découvririons-nous que la moisson est plus proche que nous le croyons.

Bon dimanche!

Claude Pigeon, prêtre

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